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Sobre Antonio Miranda
 
 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
POÉSIE BRÉSILIENNE EN FRANÇAIS
 

ANTONIO DIAS TAVARES-BASTOS

 

 Né à Campos (Etat de Rio de Janeiro) en 1900. Mort à Paris en 1960.

Poète bilingue, il écrivait directement en français. Ses recueils de poèmes parurent à Paris, dont les trois premiers sous le pseudonyme de Charles Luci¬fer. Les Ballades brésiliennes, sur des motifs et lé¬gendes de son pays, le classèrent tout d'abord parmi les poètes du terroir. Max Jacob lui écrivait en 1928 : « Vous faites plus qu'aimer la poésie, vous êtes la poésie elle-même quand elle joint la belle littéra¬ture. » Collabora à Z'Antropofagia et à la Revista Acadêmica et, en France, à plusieurs revues littérai¬res. Il laisse inédite une pièce de théâtre en français, L'honorato.

Antonio Dias Tavares-Bastos fit son droit à Rio de Janeiro, appartint au ministère public de Vitôria (Espirito Santo), au barreau de Rio, fit du journa¬lisme et parla à Paris-Mondial au début de la deuxième guerre. Fixé à Paris depuis 1938, il fut membre de la Délégation du Brésil à l'UNESCO de 1947 à 1960.

Bibliographie : Ballades brésiliennes, 1924; les Poèmes défendus, 1924; Cynismes, 1928; Poésie brésilienne moderne, 1937; l'Ecole des disparus, 1946; Introduction à la poésie ibéro-américaine (en collaboration avec Pierre Darmangeat), 1947.

 Le but de cet ouvrage étant de faire connaître en France la poésie brésilienne contemporaine, il parut nécessaire d'y inclure l'auteur qui n'avait ni la modestie de s'en juger indigne ni la vanité de se croire déjà suffisamment connu. (Note de l'Editeur).

 

TAVARES-BASTOS, A. D.  La Poésie brésilienne contemporaine.  Antologie réunie, préfacée et traduite par…   Paris: Editions Seghers, 1966.  292 p.   capa dura, sobrecapa.   Ex. bibl. Antonio Miranda

 

 

LES VILLAGES ENVAHISSANTS

 

Là-bas, près des rives sablonneuses de l'Atlantique,
apparurent   d'abord,   au   temps   de   jadis,   les villages
                                                                  envahissants.
Des hommes venus de la mer sur des vaisseaux royaux aux
         voiles blanches à la double incision rouge en croix
y sont descendus, éblouis par le ciel d'or de midi.
Et après la première cabane la deuxième hutte,
L'une après l'autre, toutes ces maisons, petites,
s'alignèrent au pied des monts altiers et orgueilleux.
C'était le premier village, comme un oursin,
creusant dans le roc millénaire et vierge des tropiques
son trou envahisseur.

 

Depuis des siècles les petits oursins ont élargi leur cercle
                                               vers la contrée splendide.
Et les hommes en légion traversaient par troupes les forêts
                             où nul n'avait ouvert encore une route.
Alors les villages montèrent jusqu'au sommet des tertres hardis,

atteignirent les plateaux, les vallées et les fleuves
          majestueux comme des mers, qui coulent au milieu
                                                                            des savanes.

Et les hommes nus des bois et des îles fluviales étaient
         chasssés par les éclaireurs et les coureurs des montagnes.

Seuls émergeant du sein des pentes inaccessibles et des vallées
                                      insondables, au cœur des précipices,

au loin, comme des monuments immobiles et vertigineux,

parmi le tumulte pétrifié des orages granitiques,

se dressent encore, altiers et légendaires,

les sommets éternels des monts incorruptibles

dans l'apogée de leur relief,

ainsi que des guetteurs du progrès qui possèdent les landes
                                                                            des alentours.

C'est vers là-haut, c'est vers les cimes noires qui trouent les cieux

que sont attirés, depuis toujours, les cortèges tardifs et  lents des
                                                                  villages envahissants.

 

                                    «  BALLADES  BRESILIENNES »

 

 

 

LE PORT D ATTACHE

 

Qu'elle est loin, cette cité couronnée de plages aux sables d'or et aux vagues violentes. Ici même, dans ce refuge isolé, elle dresse encore vers moi ses bras angoissés. Des tours aux imprécations cauchemardesques lèvent jusqu'à moi des menaces d'incompréhension. Je l'ai fuie, cette capitale grandissante à l'ombre des hautes montagnes, comme un enfant quitte le foyer paternel parce que les chagrins ont été plus ressentis que les jours de provende. Là-bas tout le bonheur était étrangement mêlé de regrets menaçants. Il y avait bien des visages souriants qui se penchaient sur ma détresse. Mais l'indifférence des autres m'avait blessé davantage. Car je rêvais toujours d'assen¬timents plus profonds, d'isolements moins pénibles, d'exclu¬sions moins farouches. C'était un peuple qui avait grandi dans l'autre sens : Il me fallait reprendre tout seul un chemin presque intenable. De loin, de très loin, je pourrais un jour faire signe à ceux qui voudraient me suivre. Dans le cœur de la nuit plus profonde ils sauraient repérer ma lanterne. De tout ce que j'ai quitté, de tout ce à quoi j'ai renoncé, il se détachera l'image de mon départ sans retour. Si par hasard aucun d'eux ne veut me suivre, une inquié¬tude les rongera peut-être, lorsqu'ils se demanderont si je reviendrai un jour. Et, enveloppé du prestige de ma disparition, ils ne sauront jamais pourquoi je suis parti et si enfin j'ai rencontré sur ma route le pays où mon cœur a comblé son désert.

 

« L'ECOLE DES DISPARUS »

 

 

 

L'ANGE SEUL

 

Ces noms de lieux qui sont d'étranges connaissances dans leur langue natale. Un peu de ma chair est là et des souvenirs s'échangent contre d'anciens étonnements. Ce soir, la solitude possédant la ville assoupie m'abrita de son aile historique éployée contre la voûte aux étoiles absentes. Le terrible sommeil des statues assises au milieu des squares, couvant le passé que d'autres statues renieront. L'aigle à deux têtes devant le palais aux couloirs déserts où souffle le vent plus réel que les galas inutiles. Et les rues s'ouvrant sur les quartiers qui existaient déjà et attendaient depuis longtemps mes pas piétinant au cœur de cette même nuit que je portais en moi. Cette nuit enceinte de tous les gestes qui se multiplient par le monde. Mon fantôme à l'armure de verre glisse à travers les arbres dont la jeunesse m'effraie au milieu des choses passées. Est-ce de moi ou des vies ailleurs vécues que je me souviens en cet instant où tous mes pas sont libres d'aller là-bas vers la sirène des attirances ? Les îles qui bougent au cœur des continents. Les terres dont l'attrait ne s'exprime qu'à travers l'appel des mers et des étendues désertiques. Les villes grandissant comme un amas de coquillages sonores auréolés de zones de silence et d'enchantement. Tandis que le scaphandrier de verre plonge dans cette réalité en oubliant qu'il a des mains, comme un dormeur. Cette fois j'écoute le chant du monde aux alentours. Je n'ai pas le courage de prononcer un mot. Car tous les mots se font précis et il faut ne rien préciser pour laisser grandir les choses sous mes yeux. Personne ne voit la main du fantôme de verre se lever pour caresser les objets. Elle ne sert qu'à cacher des larmes car même la vue ne peut être protégée par sa paume. Pour ne rien dire, il faut chanter, afin de dissoudre les sons qui se forment et menacent d'obscurcir la cornue du cœur sous l'armure transparente. Je chante comme je cours. Je n'ai pas d'envoi, je n'ai pas de but à atteindre. Là-bas, personne ne m'attend. J'ai dépassé tous les seuils, toutes les demeures qui s'ouvraient sur ma route. J'ai surmonté tous les attraits, j'ai répondu à tous les appels. Et j'ai franchi les frontières de toutes les réalités pour n'aboutir à rien et continuer, continuer à marcher. Me perdre par les chemins comme quelqu'un qui s'adonne à l'ivresse du vin. Le monde — cette cave immense de routes qu'il faut toujours entamer. Ah, la griserie des chemins qui me tendent leurs bras en me promettant des nuits mille fois nuptiales au creux de leur lit. Et que je puisse me retourner vers moi-même comme on prend congé d'un frère qu'il faut quitter à chaque départ.

 

« LA NEGRESSE LOINTAINE »

 

 

 

DÉDICACE DE TOUS LES JOURS

 

                                                         A Georgette

 

Sérénade

 

Sur les cordes de la pluie
Chante ma rêverie.
Ce sont des nuits qu'on assassine
Des fleurs mourantes que l'on devine
La bouche ouverte noyée dans l'ombre.
Les pieds fragiles des vierges pâles
S'égarent nus par les sous-bois.
Ah les vautours qui tout autour
Rôdent en proie à leurs amours
Car dans le ventre des frondaisons
Le silence creuse de longues faims.
Chantons silence de longue haleine.
La nuit est pleine de miserere

Et mon cœur me fait mal comme un renard volé.

 

 

                      Aventure

De l'autre côté des aubes allumées

Là-bas, c'est le salut.

J'irai au bord de la vallée défendue

Avec au bout d'une corde

Des lambeaux de ma chair

Au prix de ma propre perdition.

Pour qu'un jour enfin des confins des golcondes

J'apporte le mot pur

Qui fera s'écrouler les falaises de glace.

 

 

        

                        Romance

 

Je me dépouille peu à peu de mes jours heureux

Comme une libération de pétales.

Tant est rude la montée

Vers cette demeure sépulcrale.

Mais pour m'élancer vers l'au-delà

Comme une offrande aux étoiles,

Mon pauvre moi aux cinq pointes astrales !

C'est au bord des vésuves fumants

Qu'il faut laisser mes profanes sandales
 

                   (1942)

 

 

 

                       La fleur dans l'abîme

 

   

L'attente dans la brume

Le facteur apporte une lettre

et toute la maison s'est éclairée

Destin qui apportes la fête à l'or de notre cœur

J'attends cette lettre sur le point d'arriver

L'or est la lumière qui fait briller la maison

La joie est le miel dans la maison resplendissante.

(Décembre 1955)

 

 

 

LE RÉTABLE DU MANŒUVRE

 

Elle est loin l'histoire de ce jeune homme

que l'on a mis à mort
pour avoir promis aux pauvres de ce monde

un autre monde meilleur.

 

Et depuis lors on parle de ce condamné
courbé sous le poids de son pénible

                   instrument de supplice,   ]

sur le chemin de la colline.

 

— Renoncez, ô mon frère, renoncez à ce

                   tragique fardeau,

  vous qui croyiez avoir racheté les fautes
                   et les souffrances,

puisqu'il y a des fautes plus graves et

                   des douleurs inavouables,
et des fardeaux plus lourds encore
                    plus malheureux.

 

On a calomnié votre mère,
on a bafoué votre humble père sans le sou,
parce que vous étiez beau
et qu'il fallait nier que vous étiez de
          souche prolétaire.

 

Et ce dieu-là dont l'abandon vous accabla

peut-être ne pouvait-il rien faire

ou fallait-il qu'il ne s'en mêlât point.

 

Il y a eu depuis d'autres miracles

qui ont supplanté tous ceux qu'on vous impute.

D'aucuns cherchent depuis à sauver tous

                   les frères,
de n'importe quelle race,
rien que sur cette terre
où quelques publicains les ont empêchés

jusqu'ici de retrouver le paradis.

 

Nous avons eu aussi nos thaumaturges
qui enseignèrent à ceux qui étaient morts
         dans leur misère

le droit de vivre,

à ceux qui se trouvaient perclus dans

leur besoin le droit d'aller partout,
et aux aveugles, aux sourds et aux muets

rivés à leur besogne
le droit de voir, d'entendre et de parler.
Tout ce qu'on leur avait ôté au cours des âges.

 

Et ceux qui accomplissent des miracles
et ceux qui cherchent le salut
sont fous conspués et maudits comme vous,
jeune homme qui éti

ez comme tant de jeunes
         hommes.

 

Ils sont tués, ils sont traqués et enfermés

dans des enclos,
pareils à des bestiaux,
mais ils ont plus de foi que vous ne

         l'eussiez cru
en une ère que sans doute vous auriez

         annoncée

et qu'il faut assurer par des actes plus nets.

 

Renoncez à votre charge de souffrance,

car les cœurs sont durs à pétrir

et les larmes ne se mélangent à aucun

         mortier.

 

Le monde est à bâtir avec des idées justes,

avec l'aide de toutes les mains,

ces compagnes courageuses,

seules capables de faire

ce que conçoivent les cerveaux.

 

Tous ont besoin d'avoir les épaules allégées.
N'occupons pas en vain les cyrénéens
qui ont aussi leur labeur par là-bas,
aussi beau que n'importe quel autre.

 

Tous ont le droit de ne pas crever de faim,
car l'estomac est aussi noble que le cœur
et sacré comme ce qui reçoit le pain.

 

Ne désespérez pas de notre tâche singulière,

car ce sera l'œuvre commune
de tous ceux qui pâtissent et qui peinent
en attendant de racheter
les corvées de ces temps morts.


Croyez plutôt que l'on réussira sur terre

         et la vie de chacun,
autrement que cette tunique disputée,
ne sera plus comme un tirage au sort.

 

«  GODESBERG  » - Mars 1944.

 

 

 

Página publicada em dezembro de 2017


 

 

 
 
 
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